Par ce matin de la Toussaint, sous un ciel de grisaille et dans un air gonflé d’humidité, j’ai reconduit à l’aéroport Charles-de-Gaulle mon amoureux après que ce soit achevé les huit jours de son séjour avec moi à Paris. Je suis moi-même rentrée à l’hôtel pour un petit sursis de 24 heures : en effet demain à la même heure, ce sera à mon tour de m’envoler pour le grand retour à Montréal. Je profite donc des quelques heures qu’il me reste à Paris pour vous offrir un petit résumé des huit derniers jours dans la capitale française, qui furent, comme on peut s’en douter, l’un des moments forts de mon voyage en Europe.

John est arrivé samedi le 24 à 8 h 30 du matin. Je suis allée l’attendre à l’aéroport, ce qui m’a permis d’apprécier que ledit aéroport n’est pas à la porte : vingt minutes de métro, une demi-heure de RER, puis une bonne marche de vingt-cinq minutes à l’intérieur de l’aéroport (c’est de ma faute, j’ignorais dans quel terminal il arriverait) ! Son avion est arrivé avec vingt-cinq minutes de retard. Nul besoin de préciser le bien que ça m’a fait de le retrouver après près de deux mois de séparation, surtout en sachant qu’on avait devant nous huit jours ensemble dans l’une des plus belles villes du monde ! Pour l’heure, nous sommes rentrés à l’hôtel où il a récupéré quelques heures de sommeil. Nous sommes ensuite sortis en soirée pour prendre notre premier souper… pardon, dîner !… français à Paris. Question de lui en mettre plein la vue, je nous ait fait débarquer à la station du musée du Louvre ; ça a eu l’effet voulu : en voyant se dresser le Louvre illuminé et les Pyramides bordé de logements luxueux et avec la tour Eiffel pas si loin à l’horizon, il s’est enfin écrié : “Ok, now I’m officially excited !” Nous avons trouvé une petite brasserie à quelques pas du Louvre et nous y avons mangé à la française : moi une soupe à l’oignon gratinée suivie d’un tartare de saumon, lui un poulet à la normande, le tout arrosé de rosé. (Le rosé : une thématique récurrente de notre voyage !) Nous avons complété la soirée d’une promenade dans Paris illuminé, mais nous sommes rentrés tôt : le lendemain c’était Versailles et il fallait donc se lever tôt !

J’avais déjà visité Versailles avec ma soeur en 2007 mais j’avais tant aimé que je bavais d’envie d’y retourner. J’avais depuis longtemps choisi d’y retourner le 25 octobre parce que coïncidaient, ce jour-là, la dernière présentation des “eaux musicales” (les fontaines du parc mises en marche au son de la musique) et le début d’une nouvelle exposition sur Louis XIV intitulée “Louis XIV, l’homme et le roi”. Malheureusement, je n’étais pas la seule à avoir choisi cette journée : c’était tellement bondé de monde que c’en était infernal ! (D’ailleurs, j’ai perdu mes illusions sur un point : visiter Paris en octobre ou en juillet, ça ne change rien : y’a toujours des touristes partout ici !) Nous avions fait l’erreur de ne pas avoir acheté nos billets préalablement, ainsi il nous a fallu nous taper une file d’une heure pour acheter nos billets, puis une autre file d’une demi-heure pour passer les détecteurs de métal, puis une autre file plus courte pour entrer dans le château. Arrivés à dix heures au château, nous ne commençions notre visite à proprement dit qu’à midi. J’ai entraîné John dans l’exposition sur Louis XIV, qui piquait beaucoup ma curiosité. Et pour cause : c’était très intéressant et très bien fait. Cette exposition présente des objets d’art reliés au Roi-Soleil, soit le représentant, soit commandés par lui, explorant divers aspects de sa personnalité et de son règne via l’art. Chaque salle avait un thème, par exemple : “le roi et la musique”, “le roi et la guerre”, etc., et présentait des oeuvres associées à ce thème. On s’intéressait particulièrement à l’iconographie choisie pour représenter le roi et son règne, ce qui était fort intéressant. Les oeuvres présentées étaient de grande qualité et formaient un échantillon plutôt complet. Mes oeuvres préférées : les trois portraits monumentaux de Louis le représentant à cheval à des âges variés (particulièrement celui enfant, que je n’avais jamais vu) et le fameux portrait de cire fait du roi vieillissant, presque effrayant de réalisme ! Après cette intéressante exposition, nous avons visité le château à proprement dit. Ce ne fut pas très agréable car c’était trop bondé de monde. Nous avons ensuite filé dans les jardins pour nous y perdre un peu (un classique : chercher le Hameau de la reine et finir à St-Clin-Clin sous un orage… n’est-ce pas Geneviève ?) et finalement pour assister aux eaux musicales. À ma précédente visite, les fontaines du jardin n’étaient pas en marche, elles ne le sont qu’occasionnellement. Et je dois dire qu’elles sont l’élément qui fait toute la différence pour pouvoir apprécier la beauté du parc ! D’autant plus qu’il s’est soudainement mis à faire beau au moment où les fontaines se sont animées, ce qui a donné l’impression que les jardins prenaient soudainement vie et s’illuminaient. Ces deux petites heures de promenade dans le parc aux fontaines furent l’un des moments préférés de notre séjour en amoureux à Paris.

Le lendemain, lundi le 26, c’était l’heure de voir le Paris-cliché : promenade autour de la Tour Eiffel, puis le long de la Seine jusqu’aux Invalides. Nous avions l’intention de bien manger et d’après aller faire un tour de bateau-mouche une fois la nuit tombée, pour voir la ville illuminée. Il faisait beau, Paris était belle, bref, c’était fort plaisant. Nous avons déniché un petit café typique pour souper : j’y ait dégusté le meilleur tartare de boeuf de ma vie et John, un magret de canard. Nous avons ensuite filé à l’embarcadère près du pont de l’Alma, d’où partent les fameux bateaux-mouches parisiens. Dû au changement d’heure opéré deux jours plus tôt, la nuit était tombée dès six heures et à six heures trente, nous étions sur le bateau mouche, près pour la fameuse promenade sur la Seine. C’était une croisière très agréable qui nous permettait d’apprécier Paris de la Seine. La ville est joliment illuminée, ce qui fait un très bel effet.

Le mardi, nous nous sommes levés tard pour cause d’abus de rosé cheap la veille ; après un petit-déjeuner improvisé de brie, baguette et jambon cru (vive la France !), c’était la journée-thématique (j’aime les thématiques !) “églises” : au programme, la visite de Notre-Dame de Paris et de la Sainte-Chapelle. Nous avons aimé N0tre-Dame et trouvé que la Sainte-Chapelle était une arnaque monumentale. C’est une minuscule église et elle était en réparation à notre visite, si bien qu’on n’y a vu que des échaffauds. Mais même sans ça, je crois que nous aurions été déçus, surtout après 1 heure d’attente pour y entrer. Puisque nous étions dans le même coin, nous avons aussi exploré le Pont-Neuf, qui, contrairement à ce que son nom peut laisser croire, est le plus ancien de Paris. Nous avons terminé la soirée à l’hôtel à regarder “Le fabuleux destin d’Amélie Poulain”, dans le but de nous préparer mentalement pour notre journée du lendemain à Montmartre !

Le mercredi donc, nous sommes arrivés au pied du Sacré-Coeur, une église blanche au dôme immense dressé sur la butte de Montmartre. Le coup d’oeil était déjà excellent. Question de sauver 1,30 euros sur le funiculaire, nous avons gravi les marches pour nous rendre à l’église à pied. Ce n’était vraiment pas si terrible que ça en avait l’air et la vue sur Paris était très belle. L’église du Sacré-Coeur, gratuite à visiter, nous a aussi beaucoup plu. C’est une église qui a été construite en 1870 après les défaites militaires humiliantes face à l’Allemagne, dans le but de retrouver les bonnes grâces de Jésus… Je trouve ça fabuleux qu’une construction religieuse aussi importante ait été entreprise après la Révolution prétenduement laïque qui a massacré tant d’ouvrages religieux… Lors de la consécration du Sacré-Coeur, les Parisiens ont fait le voeu d’y maintenir une prière permanente : des gens se relaient donc depuis 1870 pour qu’il y ait toujours quelqu’un en train de prier Jésus, 24 heures sur 24, entre les murs de cette église. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les prieurs s’obstinèrent à rester dans l’église pendant une nuit de bombardements ; malgré 14 bombes lancées dans les environs cette nuit-là, le Sacré-Coeur est resté intact et ses prieurs aussi. On cria naturellement au miracle…

Après la visite du Sacré-Coeur, nous avons marché dans Montmartre et prit un café sur l’une de ses charmantes terrasses. Montmartre, c’est plein d’artistes et de petites rues sinueuses qui enchantent l’imaginaire. Nous avons naturellement voulu voir le Moulin-Rouge, et naturellement, nous fûmes déçus par la petite bâtisse qui ne paie pas de mine qui l’abrite… Puisqu’il nous restait encore du temps, nous avons viré à l’Opéra Garnier sur le chemin de retour de l’hôtel, question de prendre quelques clichés rapidement. Comme les galeries Lafayette n’étaient pas loin, nous avons fait un petit tour dans ce centre d’achats légendaire mais sans rien oser toucher!

Le jeudi, après une visite au musée de l’Armée des Invalides (je n’avais pas initialement prévu y amener John, mais après l’avoir vu prendre 15 photos d’un tank situé dans la cour intérieure des Invalides, je me suis dit que ça lui plairait peut-être finalement…), nous nous sommes promenés dans le coin des Champs-Élysées, de l’Arc de Triomphe à la place de la Concorde.

Vendredi, c’était la journée consacrée au musée du Louvre, que mon amoureux – diplômé en arts plastiques – avait très envie de voir. J’en étais à ma deuxième visite, mais cet endroit est si grand qu’on pourrait y passer une semaine sans avoir tout vu ! Je voulais particulièrement voir les peintres de l’École du Nord, qui sont mes préférés et dont les salles étaient fermées à ma première visite. Je n’ai pas été déçue : ils ont vraiment une fabuleuse collection de peintres hollandais et flamands. Le hall consacré aux vingt-quatre tableaux commandés par Marie de Médicis à Rubens m’a particulièrement enchantée. John a moins aimé : il préfère l’art contemporain et c’est moins le truc du Louvre. Il a donc décidé que le lendemain, pour son dernier jour à Paris, il irait visiter le musée d’art moderne de Paris ; ça ne m’intéressait pas tellement, alors j’ai décidé pour ma part d’aller visiter le musée du Moyen Âge Cluny, qui présente actuellement une exposition sur Astérix. Nous nous sommes fixés rendez-vous à 16 h devant le Panthéon. J’ai beaucoup aimé ma visite du musée médiéval, quoique je ne pense pas qu’il soit d’un immense intérêt pour quelqu’un qui ne trippe pas déjà sur l’histoire. L’exposition sur Astérix mettait en évidence les emprunts faits par ces b.d. à l’histoire et aux oeuvres d’art classiques. C’était fort intéressant.

Nous avons ensuite visité le Panthéon, qui, après avoir été commandé par Louis XV pour remercier Dieu de l’avoir guéri d’une maladie, a été converti à la Révolution en temple laïc aux grands hommes de la patrie. Dans la crypte, qui est une dédale de corridors vides un peu lugubres, se trouvent les tombeaux de plusieurs penseurs, scientifiques et écrivains français, parmi lesquels Voltaire, Rousseau, Pierre et Marie Curie, Victor Hugo, Émile Zola et Alexandre Dumas. (Ce qui me permet de vous dire que je trouve que l’histoire des Trois Mousquetaires est la fresque historique la plus passionnante jamais écrite !) Des panneaux offraient plus d’informations sur la vie et les réalisations des gens inhumés là. C’était un détour très instructif.

J’avais voulu amener John aux jardins du Luxembourg, qui est définitivement l’un de mes endroits préférés à Paris sinon mon endroit préféré à Paris, mais ils étaient fermés dès 17 heures ; nous avons donc dû nous contenter de nous promener dans le quartier latin un peu au hasard. Nous avons pris notre dernier repas français : une bavette de boeuf pour moi et un confit de canard pour lui, on aime nos classiques !

… et donc, John est reparti ce matin, et moi je poireaute encore ici un autre 24 heures avant de faire mon grand retour à Montréal. C’est un départ très anticipé pour moi qui ne voulais revenir qu’à Noël, mais finalement ça me va. J’ai tellement fait de tourisme dernièrement que je n’ai même pas envie de sortir de ma chambre d’hôtel aujourd’hui pour profiter de mes dernières heures parisiennes. J’ai vraiment très envie de renouer avec mes amis et avec mon petit confort routinier. Ce voyage fut très instructif à beaucoup de points de vue… Mais je vous réserve un bel article-bilan pour traiter en profondeur de mes réflexions de voyage ! Pour l’instant, je vous dis : à bientôt à Montréal et à Québec ! :)

 

Encore une fois, la vie m’a donné la preuve qu’il fait lui faire confiance pour arranger les choses. Alors que j’étais au désespoir à l’idée d’être pognée une semaine à Paris dans une auberge de jeunesse minable à attendre l’arrivée de mon chum pour m’adonner à du tourisme-en-série, je reçois un mot de mon amie Chantal. “Je suis en Bourgogne, tu es la bienvenue si tu veux venir passer quelques jours!” Je l’appelle au numéro qu’elle me laisse et en dix minutes, elle m’arrange mes cinq prochains jours: “Tu viens me rejoindre ici, on va se promener en Bourgogne,  visiter Dijon, puis Lyon!” En une demi-heure, j’annule mes réservations d’hostel, je réserve mes billets de train et je pacte les p’tits. C’est ainsi qu’une semaine qui s’annonçait vraiment moche a pris un tournant inattendu.

Chantal est une fille que j’ai rencontrée en Russie il y a trois ans. Nous nous étions à peine croisées une semaine: elle est arrivée une semaine avant que je quitte. Mais ça avait vraiment bien connecté et nous étions enthousiastes à l’idée de remettre ça pour un trip de voyage. Sa proposition cette semaine tombait vraiment à point, d’autant plus que j’étais déçue de ne pas avoir visité autant de villes que je le souhaitais dans le cadre de ce voyage.

Je suis donc partie de Paris pour Beaume, en Bourgogne, le matin du lundi 19 octobre. J’ai été accueillie à la gare par Chantal et Jacques, son ami et aussi notre hôte. Jacques est vigneron et vit dans une vieille et gigantesque maison dans le petit village d’Auxey-Duresse, non loin de Beaume. Il s’est avéré à être d’une générosité et d’une gentillesse absolument exceptionnelle. En plus de nous accueillir, il nous a prêté sa voiture pour visiter les environs – les villages de Bourgogne lovées dans les vallons et les collines verdoyants, les petites routes bordées de grands arbres aux feuilles roussies, les vignes à perte de vue -, de même que pour aller visiter Dijon, que j’avais très envie de voir. À Dijon, j’ai visité le palais des ducs de Bourgogne (un musée des beaux-arts qui promet de venir très intéressant dans les prochaines années) et j’ai mangé des escargots et un coq-au-vin, des spécialités bourguignonnes, dans un bistrot. Le lendemain, nous sommes partis, cette fois avec Jacques, pour un trip de 24 heures à Lyon. Promenades sous la pluie (dommage, quelle jolie ville!) et McDo furent au rendez-vous. Le lendemain, sur la route du retour, nous sommes arrêtés dans la ville de Cluny pour visiter les vestiges de la fameuse abbaye de Cluny, la “maison-mère” du plus important mouvement monastique du Moyen-Âge qui a malheureusement été démantelée à la Révolution. (La Révolution, toujours la Révolution!) J’ai particulièrement apprécié la gentillesse de Jacques qui a suggéré ce détour après que j’eus manifesté de l’intérêt pour ce haut lieu d’histoire. Bien qu’il ne reste pas grand-chose à visiter après le massacre opéré par les Révolutionnaires, il reste que les vestiges de l’abbaye se trouvent sur un lieu particulièrement enchanteur et s’il est difficile de s’imaginer l’ampleur qu’a pu avoir Cluny à son apogée, on peut tout de même facilement se figurer l’ambiance de la vie des moines clunisiens.

Je suis donc rentrée à Paris ce soir vendredi tard, tout à fait ravie de mon séjour en Bourgogne, une région magnifique aux paysages enchanteurs et aux villages charmants. Je viens d’arriver dans ma chambre d’hôtel à Paris, celle que j’occuperai avec mon amoureux pendant les huit prochains jours. Ça fait tout bizarre d’avoir une chambre d’hôtel, moi qui n’ait jamais voyagé que dans les auberges de jeunesse et les hostels. À chaque fois que j’entends un bruit dans le corridor, j’ai le réflexe de penser : “Ah non, pas du monde saoul, j’espère qu’ils ne dorment pas dans ma chambre !” Je jouis pleinement du confort inouï de ma chambre d’hôtel deux étoiles après avoir cruellement manqué d’intimité dans le dernier mois ! (Je me demande vraiment de quoi peu avoir l’air un 5 étoiles, il me semble qu’on ne manque de rien dans un 2 étoiles… Ah, moi et ma simplicité bien connue !) Je vais donc chercher mon amoureux à l’aéroport dans quelques heures et nous allons nous taper 8 jours romantiques à Paris, avec vin, fromage et croissants ! (J’ai vu à l’épicerie qu’il y a des bouteilles de rosé à 1,50 euros !  Quand je pense que j’ai payé 3 euros pour une petite bouteille de pepsi l’autre jour ! Mais bon, j’étais en manque de ma drogue préférée ! )

Ah oui, j’ai finalement reçu la confirmation : c’est le 2 novembre à 16 h 30 que je reviendrai à Montréal. L’idée du retour, comme toujours, provoque chez moi des sentiments contradictoires : j’ai très envie de recommencer à vivre avec mon chum, d’avoir mon intimité et mon confort (les auberges de jeunesse : plutôt mourir que d’y retourner !), mais en même temps, je m’inquiète de la routine et de ne pas repartir avant trop longtemps ! Mais ne vous inquiétez pas, j’ai déjà de nouveaux projets de voyage en germe, avant même d’avoir reposé le pied à Montréal ! ;)

Bisous, je vous reparle dès que possible ! xxx

Ouf! Voilà quatre jours que je suis à Paris et je me permets de faire le point, parce que ces quatre journées furent particulièrement fertiles en émotions et en événements!

Donc, le 12 au soir j’ai pris le train de Munich en direction de Paris. Question de conclure dignement un merveilleux séjour en Bavière, j’avais bu quelques pintes de bière au bar de l’hostel (sur un divan qui doit maintenant avoir la trace de mes fesses imprimées dessus!) avec les deux Québécoises rencontrées à Munich, Catherine et Caroline. J’avais plus ou moins hâte de quitter Munich parce que, premièrement, mon séjour là-bas avait été formidable et que j’avais beaucoup de regret à partir ; deuxièmement, et c’est sans doute la raison principale, mon problème de logement parisien évoqué dans mon précédent post me laissait présager quelques journées d’enfer à mon arrivée à Paris. Comme de fait, les premiers 48 heures dans la capitale française furent un cauchemar. Ayant dû renoncer au logement en résidence sur lequel je comptais depuis plusieurs mois, j’ai résolu de me “revirer de bord sur un trente sous” et de me trouver autre chose sans aucun délai. J’ai réservé une chambre dans un hostel pour gagner un peu de temps et je me suis inscrite sur un site de colocation, où j’ai répondu à des dizaines de petites annonces. Une seule réponse pour moi: un type qui reste en périphérie de Paris et qui avait une chambre à louer. Nous avons pris rendez-vous pour le soir même. J’ai couru comme une folle pour me rendre au point de rendez-vous dans les méandres du transport collectif parisien (l’appartement était très bien, mais situé un peu loin de la ville, ce qui laissait présager des frais de transport élevés), puis je suis retournée, toujours en courant, à mon hostel où j’avais rendez-vous avec Caroline et Catherine pour notre dernier souper en Europe puisqu’elles repartaient le lendemain pour Montréal. (Oui, la coïncidence avait voulu qu’on soit toutes les trois à Munich en même temps et qu’on soit également ensemble à Paris le 13.) Je suis arrivée au rendez-vous avec quelques minutes de tard, hyper stressée ; j’avais manqué le rendez-vous téléphonique prévu avec mon chum ce soir-là et je me sentais particulièrement cheap à cet effet. En fait, ma journée avait été un succession de rendez-vous manqués ou en retard… J’étais fatiguée par le train de nuit de la veille, stressée à mort par mon absence de logement et rendue hyperémotive par l’ensemble des circonstances. Bref, pour conclure en un seul mot, j’étais carrément hystérique. Tout en mangeant mon filet de boeuf dans un bistrot parisien avec les filles, j’en étais presque venue à les envier de partir dès le lendemain pour Montréal et de retrouver le confort de leur petite vie ordinaire. Moi, j’avais mille et une décisions à prendre, personne pour me conseiller et j’étais dans l’insécurité la plus totale. Ce soir-là, pour ajouter l’insulte à l’injure, je me suis retrouvée dans une chambre d’hostel avec une gang d’Australiens de dix-huit ans dégénérés qui se sont installés à minuit pour faire le party en plein milieu de la chambre! Leur principale source d’amusement était de crier “sacrebleu!” de plus en plus fort. Quand je leur ait sèchement, quoique poliment, fait remarquer qu’il y avait pleins d’autres endroits pour faire le party dans ce building, ils m’ont répondu avec un petit air supérieur d’ado attardé qui pense qu’il connaît la vie : “It’s an hostel here, ok ! We do what we want !” Visiblement, c’était leur premier séjour en dehors du pays des kangourous parce que mon expérience d’hostel, qui s’élève certainement à plus de 75 nuits maintenant dans une vingtaine de villes différentes, me confirme que personne ne fait le party dans les chambres des hostels – c’était pour moi une première d’avoir à remettre quelqu’un à l’ordre. Mon intervention fut inutile et je dus donc attraper le sommeil que je pus entre deux “sacrebleus”. Cette mésaventure a été la goutte qui a fait déborder le vase. J’étais soudainement complètement écoeurée des hostels, de partager mon intimité avec des ados saouls, de vivre dans ma valise et, pire encore, d’avoir à la traîner partout la maudite! Si ce n’avait pas été de mon chum qui avait déjà acheté ses billets d’avion pour Paris du 23 octobre au 1er novembre, je pense que je me serais levée de mon lit en plein milieu de la nuit pour aller changer la date de mon billet d’avion pour le lendemain matin, première heure! J’étais vraiment épuisée, exaspérée, découragée…

J’ai passé la journée d’après à chercher des appartements (le type pour l’appartement que j’avais visité la veille n’avait pas rappliqué, j’ai pris pour acquis qu’il avait trouvé quelqu’un d’autre), et, voyant le peu de succès de cette opération, à essayer de prendre des décisions à court et à moyen terme. Dans l’état d’hystérie dans lequel j’étais toujours, j’avais vraiment du mal à me décider. Quoiqu’il en soit, le problème se déclinait ainsi :

- Chaque journée à Paris sans appartement me coûte en logement entre 35 et 50 $. Il faut naturellement ajouter à cela la nourriture (mettre un bon 15$ par jour), les activités et le transport. Vous comprenez donc que j’ai une marge de manoeuvre très mince pour me revirer de bord, vue la rapidité avec laquelle mon compte de banque crash en ce moment.

- Plongée dans ma recherche de logement et mes drames humains, je n’ai pas le temps ni de travailler sur mon mémoire, ni de jouir du fait d’être à Paris.

- Donc, chaque journée qui passe rend plus inévitable l’option de rentrer plus tôt au pays. Le plus tôt que je peux rentrer est cependant dans deux semaines, le 1er novembre, car c’est la date que mon amoureux rentre à Montréal après sa visite à Paris.

Donc, après avoir fait appel à tous mes amis, à ma maman et autres contacts dans la recherche d’un logement et avoir scruté les petites annonces, après avoir pris conseil à droite et à gauche, j’ai pris la ferme décision de lâcher-prise et de simplement profiter du temps que j’ai à Paris, même s’il doit être plus court que prévu. J’ai booké des hostels jusqu’au 23 octobre, date de l’arrivée de mon amoureux à Paris ; à partir de là et jusqu’au 1er novembre, nous aurons une chambre dans un hôtel. (Parce qu’on s’entend pour dire que lorsqu’on paie presque 50 $ pour son lit dans un dortoir, on est aussi bien de se prendre une chambre d’hôtel à deux !) Et j’ai résolu de ne plus m’en faire mais de profiter pleinement de Paris. Je vais m’efforcer de faire le plus de travail possible et de voir tout ce qui m’intéresse à Paris pour le temps que je suis ici. Je vais sûrement devoir rentrer plus tôt – après tout, ces deux semaines et demi d’hostels parisiens, auxquels j’ajoute aussi les 12 jours de backpacking préalables, auront coûté pas mal tout mon budget de logement parisien ! Tant pis, c’est la vie, comme le dit le psy que j’ai rencontré dans le train entre Munich et Paris et à qui j’ai raconté mon problème : “Il faut savoir se montrer flexible et ne pas s’acharner quand nos plans ne marchent pas. Au lieu de s’entêter dans l’échec, il faut simplement trouver une nouvelle façon d’atteindre ses objectifs.” (Dans mon cas, rédiger un mémoire de maîtrise.) Bien que ce conseil m’ait bien fait réfléchir, c’est celui d’un prof de l’UQAM qui m’aide dans mes recherches et qui est un chercheur expérimenté des archives parisiennes qui a été le plus décisif. Il m’a en effet conseillé de ne pas m’embarquer dans des “entreprises immobilières périlleuses” (selon sa propre expression) qui risqueraient d’être ruineuses en temps et en argent, et de plutôt rentrer à Montréal pour me consacrer entièrement à mon mémoire. J’avoue que son opinion a été déterminante.

Je n’ai pas encore changé mes billets d’avion, je me laisse encore un peu de temps, mais ça ne saurait tarder. Honnêtement, ça ne me dérange pas tellement d’écourter mon séjour. Début novembre, ça fera deux mois que je serai en voyage, j’ai quand même eu le temps de voir des tas de trucs et de me changer de la routine! Comme je l’ai déjà dit, j’en ai vraiment marre des auberges de jeunesse et de vivre dans ma valise. Ah oui, et je m’ennuie de mon amoureux et de notre nid d’amour, même si ledit nid se trouve dans Hochelaga ! ;) Nous verrons quel dénouement prendra tout ceci, mais je suis sereine et je vais bien.

Sur ce, je vous laisse pour partir à la conquête de Paris ! Cet ambition projet débute par un moment désagréable : comme je change d’hostel pour sauver près de 10 euros par nuit (15 $, c’est pas rien !), je dois transporter mon énorme valise dans le métro parisien qui n’a pas d’escaliers roulants mais des tonnes d’escaliers ! Et qui est généralement très peuplé, aussi… Évidemment, je n’aurais pas apporté une valise de 10 tonnes si j’avais su que je n’aurais pas d’appartement, mais bon… C’est la vie !

Je vous tiens au courant de l’évolution de la situation, bisous ! xxx
PS. Juste dans ma chambre d’hostel d’hier, il y avait 2 autres filles dans la même situation que moi : sans appartement à Paris et dépassées par la difficulté administrative de se loger ici ! L’une a décidé de rentrer chez elle après seulement une semaine ; l’autre en est à troisième semaine à l’hostel et n’a pas l’intention de renoncer. Trois semaines à l’hostel : 1050 $ de logement et beaucoup d’Australiens saouls !…

J’avais longuement jonglé à savoir comment j’allais m’y prendre pour ma visite du célèbre château de Neuschwanstein – ce beau château blanc à tourelles perché dans les Alpes bavaroises, celui qui a inspiré le château de Walt Disney. La difficulté réside dans le fait que le château n’est pas si près que ça de Munich : 104 kilomètres sillonnant les montagnes, ce qui représente un minimum de 2 heures de route. J’ai comparé les prix des visites guidées avec le prix que me coûterait une visite par moi-même, pour finalement convenir, après une réfléxion de plusieurs jours et plusieurs changements d’avis, qu’il valait mieux opter pour la visite guidée vu la faible différence de prix et pour m’éviter de perdre du temps à me chercher.

Le château de Neuschwanstein est la création du roi Louis II de Bavière, alias “le beau roi fou de Bavière”, qui dilapida en 10 ans la fortune accumulée par sa famille en 1000 ans pour construire une série de châteaux fabuleux. Roi misanthrope, dépressif et artiste, il s’éloigna rapidement du pouvoir et du monde pour se vautrer dans un monde de rêve. Le château de Neuschwanstein est perché sur une montagne, au creux des Alpes bavaroises. Il a été conçu non pas par un architecte mais par un décorateur de théâtre. L’intérieur est consacré aux pièces de théâtre de Richard Wagner, le protégé et l’idole de Louis II : c’est donc essentiellement des peintures du romantisme allemand représentant Tristan et Isolde, Lohengrin, la quête du Saint Graal, etc., qui ornent les murs sombres du palais.

Si le château de Neuschwanstein et son emplacement au coeur des montagnes sont féériques, la visite, elle, s’avère plus problématique. Pour s’y rendre, il nous fallait prendre deux trains, un bus et marcher en pente pendant 30 minutes. Pour donner une idée, le point de rencontre pour la visite guidée était à 9 h 15 et nous ne sommes pas arrivés au château avant 13 h 40. On en est donc quittes pour parcourir le site en courant, sans une seconde de répit pour profiter de la beauté des paysages. Ce n’est pas nécessairement évident d’ailleurs de maintenir le rythme TGV dans ces montagnes, étant donnés les nombreuses pentes à surmonter. C’est dommage, parce qu’avec les paysages d’automne, cet endroit aurait été l’endroit idéal pour la promenade et les flâneries. Le summum du ridicule intervient lors de la visite du château : après une distribution des billets quasi militaire (chacun a un numéro correspondant à une heure précise, et si vous n’êtes pas là à l’heure où votre numéro est appelé, tant pis pour vous, vous venez de perdre votre billet), vous visitez le château au pas de course en compagnie de 75 autres touristes. La petite guide se plante au bout de la pièce et débite son texte sur un ton monocorde sans se soucier d’être écoutée, ou de la moitié du groupe qui n’a pas encore pénétré dans la pièce. Ce n’est pas exactement facile d’entendre les explications d’une femme se trouvant à l’autre bout d’une salle de bal lorsqu’il y a de l’echo, 75 personnes entre vous et la dame dont des gens qui ne parlent pas anglais et donc qui se parlent entre eux pendant les explications parce qu’ils ne comprennent rien et des bébés qui pleurent! D’autant plus que les explications sont en anglais, ce qui demeure une langue seconde pour moi, et que la guide parle cette langue avec un accent allemand… et vous avez une visite vraiment très nulle. Vraiment, la pire visite de château que j’ai faite – et je commence à avoir vu pas mal de châteaux, y compris Versailles qui reçoit plus de touristes annuellement et qui parvient tout de même à ne pas les traiter comme du bétail! J’en suis sortie frustrée et indignée, sans rien avoir appris de plus sur le château et n’ayant à peu près rien vu, et regrettant les 9 euros (13,50 $) investis. Voilà au moins un château que je ne rêverai pas de revisiter!

Une fois le château visité à pas de course, notre guide tapait du pied d’impatience devant les deux Asiatiques du groupe qui avaient pris 15 minutes pour magasiner des souvenirs. Trois membres du groupe ont décidé de prendre de l’avance et de commencer la descente de la montagne. Lorsque les deux Asiatiques se sont enfin pointées, notre guide a amorcé la descente de la montagne en courant comme une folle et en coupant à travers le bois pour prendre un raccourci. Nous sommes arrivées en bas juste à temps pour l’heure de rendez-vous, mais les trois personnes qui étaient parties quelques minutes avant nous n’étaient toujours pas là, ce qui a profondément indigné notre guide. Lorsqu’ils sont enfin arrivés, elle s’est mise à les engueuler : “Vous êtes partis 10 minutes avant nous et vous arrivez après!! Qu’est-ce que vous avez fait??” Ce n’était tout de même pas de leur faute si elle avait pris un raccourci dont ils ignoraient l’existence et si elle avait couru comme une mongole jusqu’en bas ! En plus, cette engueulade fut inutile puisque le bus qu’elle voulait nous faire prendre à cette heure-là n’était pas en usage les fins de semaine… Une chose qu’on aurait pu s’attendre à ce qu’un guide sache, d’ailleurs…

Quoiqu’il en soit, nous n’avons pas manqué le train et nous sommes rentrés à Munich vers les 19 h 30. J’étais brûlée par cette journée de course et, pour la première fois en 6 jours à Munich, je n’ai rien fait le soir. Ma conclusion: Neuschwanstein, site enchanteur, château à l’extérieur enchanteur, mais si vous y allez, ne vous sentez pas obligé de visiter l’intérieur et essayez de vous donner le temps de profiter du site! Je connais quelqu’un qui a loué une chambre à Füssen, la ville la plus proche du château, pour la nuit de sa visite. Ce qui est une idée pas bête du tout.

J’en suis maintenant à ma dernière journée à Munich: mon train pour Paris quitte à 22h44 ce soir. Un autre maudit train de nuit, mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sauver 50 euros (75$!). Je vais donc arriver à Paris demain brûlée et avec la rage, mais bon, ça devrait se replacer après une bonne sieste. C’est à regret que je quitte Munich, où j’ai eu énormément de plaisir et où j’ai rencontré des gens formidables. Mais comme toutes mes nouvelles connaissances sont déjà parties ou partent de façon imminente, je crois que c’est pour moi aussi le moment d’y aller. Puisque rien ne marche jamais simplement en voyage, je viens d’apprendre qu’il va y avoir quelques difficultés avec mon entrée en résidence à Paris : l’équipe extrêmement compétente de la résidence vient de m’annoncer qu’il me faut une tonne de papiers officiels, dont une preuve de responsabilité civile (ce que je ne sais même pas si j’ai). J’ai donc retardé mon entrée en résidence d’une journée pour me donner un peu de temps pour rassembler lesdits papiers et je ne sais pas si je vais y parvenir. Donc il se peut que je doive encore une fois me retourner sur un 30 sous! Même si la résidence a vraiment l’air broche à foin et pas si bien située que ça,  mais elle est vraiment l’option la moins chère : 395 euros par mois, ce qui représente 605 $ par mois. En plus, je vais payer au pro rata des journées où je reste, donc ça me fera sauver pas mal de sous. Pour comparer, le moins cher que j’ai trouvé pour un lit dans un dortoir d’hostel à Paris est 25 euros, ce qui équivaut environ à 750 euros par mois, donc 1,150 $ par mois. Et on parle d’un lit dans un dortoir, avec pas nécessairement d’accès à une cuisine. Alors la résidence demeure le meilleur plan, pour peu que je parvienne à réunir les papiers nécessaires que personne ne m’avait dit que je devais avoir. Quoiqu’il en soit, je suis condamnée à rester à Paris jusqu’au 1er novembre au minimum, car mon chum vient me voir du 24 octobre au 1er novembre.

Je me replonge dans la papyrasserie administrative française de merde et je vous reviens avec les développements de mes péripéties de logement parisien ! Bisous, à bientôt ! xx

Me voilà donc depuis déjà 5 jours dans la capitale de la saucisse, de la choucroute et surtout de la bière : Munich. Ville charmante où règne une ambiance agréable mais où il y a à vrai dire relativement peu à voir. Par contre, si vous aimez la bière et que vous avez l’estomac solide, vous aurez de quoi vous divertir follement. Parce qu’ici, tout gravite autour de la bière. Ce sont les biergartens, les “jardins de bière”, qui consituent le coeur de l’animation à Munich. Le principe est simple: de grands jardins où l’on boit de la bière à l’extérieur. Sinon, vous pouvez aussi boire dans les nombreux bars, brasseries et restaurants qui jalonnent le centre de la ville. À l’hostel, le coeur de la vie sociale est le bar, qui est toujours animé de 18 heures à 4 heures du matin. Et l’une des visites guidées les plus prisées de l’hostel est le “Beer Challenge”: on vous entraîne dans les 3 biergartens les plus fameux de Munich et on vous saoule. Celui qui paraît le moins saoul à la fin gagne le challenge et reçoit comme prix… une autre bière.

Ceci dit, la bière est excellente et, selon mon expérience personnelle, tape moins que la bière nord-américaine. Ce qui permet de boire plusieurs soirs consécutifs, même après une beuverie assez sérieuse. Résultat : une ambiance festive, relaxe, le paradis des fêtards – ce qui explique d’ailleurs la présence de nombreux Anglais et Australiens ici.

Dans les quelques heures réveillées que j’ai passé à jeûn, j’ai quand même pu faire quelques visites fort intéressantes. Le premier jour, j’ai commencé par une petite promenade en ville pour m’imprégner de son ambiance et voir les principaux bâtiments de la ville. La journée était bien choisie : il faisait 26 degrés et un soleil éblouissant, et la ville grouillait de promeneurs. Munich est une ville charmante, sans prétention, où il règne une ambiance détendue et agréable. Il n’y a pas énormément de choses à voir, à l’exception de quelques bâtiments fort intéressants comme l’hôtel de ville de style néo-gothique. Ne pouvant résister à l’attrait des châteaux, j’ai visité la Residenz, qui, comme son nom astucieux le laisse soupçonner, était la résidence de ville des ducs et des rois de Bavière, les Wittelsbach. Ce château avait été rasé pendant la guerre et partiellement reconstruit. C’était la plus longue visite de château que j’ai faite dans ma vie; c’était intéressant, mais un peu long! J’aurais reconstruit moins de pièces mais je les aurais plus complètement reconstituées. Le lendemain, je suis allée me promener au lac Starnberg, à quelques kilomètres de Munich, avec des Québécoises rencontrées la veille. Le lac Starnberg est l’endroit où le roi Louis II de Bavière, le “beau roi fou” qui a construit les fabuleux châteaux de Bavière, a été retrouvé noyé ; le mystère demeure toujours quant à savoir ce qui s’est passé. Suicide ? Meurtre ? Complot ? Le mystère est entier ! C’est aussi près de ce lac que se trouve la ville de Possenhofen, là où se trouvait le château d’été du duc Max en Bavière et où grandi notre Sissi ! Nous avions l’ambition de faire le tour du lac à pied, mais c’était impensable : il est immense ! 7 kilomètres de marche et nous n’avions encore rien vu  d’intéressant. Mais le lac est magnifique, brumeux, entouré d’arbres aux feuilles roussies et avec les montagnes qui se dessinent en arrière-plan. Au troisième jour, nous sommes allées visiter l’ex-camp de concentration nazi de Dachau, une expérience troublante donc j’ai traité plus longuement dans mon dernier post.  Aujourd’hui, ce fut une journée tranquille à régler mes trucs pour les demandes de bourse de doctorat. Ce soir, nous allons manger des saucisses dans une brasserie et probablement boire un petit peu de bière (quelle nouveauté). J’espère quand même pouvoir m’épargner un peu, car demain je me prépare à une grande expédition au château de Neuschwanstein, qui est à 2 heures de Munich dans les Alpes bavaroises. Je prends des tonnes des photos et je vous raconte tout dès mon retour !

Bisous! xxxx

À chaque fois qu’un ami me racontait avoir visité un camp de concentration ou un camp d’extermination, j’étais profondément sceptique. Je voyais dans ce désir d’en apprendre plus sur les détails sordides de la mort de millions d’êtres humains une espèce de curiosité morbide déplacée. J’avais l’impression que certaines personnes tiraient un certain plaisir inavouable à explorer toutes les atrocités que l’être humain peut inventer – vous savez, un peu lorsqu’on va voir un film d’horreur et qu’on éprouve du plaisir à être dégoûté. Pour ma part, je considérais que j’en savais assez sur les crimes de guerre nazis pour me passer d’une visite de chambres à gaz et de fours crématoires.

Eh bien, mes amis, j’avais tort sur toute la ligne.

Dachau se trouve à 19 kilomètres à l’extérieur de Munich et il faut prendre un train de banlieue pour s’y rendre. Je m’y suis rendue dans le cadre d’une visitée guidée avec un guide qualifié et une dizaine d’autres touristes provenant des auberges de jeunesse, incluant trois autres Québécois. Au départ de Munich, l’ambiance était relativement gaie, nous discutions de choses et d’autres. À peine après avoir traversé la fameuse grille qui mène au camp, celle qui indique Arbeit Macht Frei, “le travail rend libre”, déjà un silence pesant s’était installé dans les troupes. Nous accédions alors à une vaste cour déserte, qui servait à faire la revue des prisonniers à chaque matin. Ils devaient se tenir debout là pendant des heures après à peine quelques heures de sommeil et vêtus de leur uniforme, qui était tout à fait inadéquat pour les températures d’automne et d’hiver. Déjà, cet univers désolé et sinistre faisait une profonde impression, d’autant plus que la température du jour – froide, grise, brumeuse -, ajoutait asssez à l’ambiance macabre. Ensuite, nous avons visité un ancien bâtiment converti en musée, qui expliquait le fonctionnement du camp, la provenance des prisonniers, leur catégorisation, etc. Les pièces du musée sont en béton, froides, dénudées; on frissonne tout le long de la visite. Ce que j’ai surtout retenu du musée, c’est le nombre des camps : il y en avait pratiquement à la grandeur de l’Europe, même en France. Après,  nous avons regardé un petit film de vingt minutes qui nous racontait l’histoire de Dachau à grand renfort d’images troublantes. La dernière partie, avec la libération des camps et la découverte de piles de corps décharnés, était si insoutenable que je me suis sentie mal. Une fois le film terminé, notre guide nous a expliqué les tortures infligées aux prisonniers. Comme j’étais encore sous le choc des images vues quelques minutes plus tôt, j’ai trouvé ces explications particulièrement difficiles. J’ai pensé pendant un moment arrêter la visite à ce moment-là, car je savais que la dernière partie était les baraques, les chambres à gaz et les fours crématoires, donc que ça n’irait pas en s’améliorant ! J’ai quand même continué parce que j’avais l’impression qu’il le fallait…  Ils ont reconstruit 2 des 20 baraques où vivaient les prisonniers; des autres, il ne reste que les fondations sur le sol. La visite de la baraque permet de voir l’évolution des dortoirs de prisonniers, qui, plus le temps passait, devenaient de plus en plus inconfortables. Le guide nous a expliqué que les prisonniers se battaient pour avoir les couchettes du haut, parce que comme beaucoup de prisonniers étaient malades et trop faibles pour se lever pour aller aux toilettes, les lits dégoulinaient de vomi, d’excréments et d’urine. J’avoue que je n’avais pas pensé à ce détail horrible. Ce fut ensuite la visite de la chambre à gaz et des fours crématoires. Au début, il n’y avait pas de fours; les morts avaient le traitement ordinaire, ils recevaient une autopsie et ils étaient enterrés en ville. Avec le temps, le nombre de morts a rapidement augmenté – en effet, certaines années, malgré le fait qu’on recevait des dizaines de milliers de prisonniers, la population du camp restait inchangée ou baissait à cause des morts -, et pour en disposer et pour faire disparaître les preuves, on a fait construire une petite bâtisse avec deux fours crématoires. Rapidement, il est devenu insuffisant. On a donc construit une plus grande bâtisse juste à côté, qui elle comprenait une succession de pièces constituant une véritable marche funèbre : une pièce pour le déshabillage, l’autre pour l’attente, enfin les chambres à gaz déguisées en douches, une chambre pour empiler les cadavres et enfin, les fours crématoires. Il n’y a aucune preuve administrative que le chambre à gaz de Dachau a été utilisé : en effet, il n’était pas un camp d’extermination comme Auschwitz-Birkenau et on n’y a semble-t-il pas pratiqué d’exécutions massives. C’était donc par le travail forcé, les maladies engendrées par le manque d’hygiène et l’alimentation déficiente (en quantité et en qualité) – dysenterie, scorbut, puis le typhus qui a décimé des milliers de personnes – et la torture qui a causé la majorité des morts de Dachau. Par contre, des survivants ont raconté avoir été témoins de l’activité des chambres à gaz.

Au fil de la visite, j’ai enfin compris pourquoi cet endroit et cette visite étaient non pas seulement pertinents, mais essentiels. En entrant dans le camp, je pensais que je savais ce qu’était un camp de concentration ; puis, au fil de la visite, j’ai compris qu’en fait, je n’avais rien compris. J’étais entrée avec une vision froide, historienne du phénomène des camps. Avec des statistiques et une compréhension de cause à effet rigoureuse. Là-bas, les chiffres ont pris des visages, ils sont devenus des êtres humains. C’est exactement ça le but de ces lieux de commémoration, parce que justement, lorsqu’ils entraient dans les camps, les prisonniers étaient dépouillés de leur identité, de leur individualité, de leurs droits, bref de leur humanité ; et en faisait l’effort d’aller visiter cet endroit et de savoir vraiment ce qui s’est passé, ils redeviennent sous nos yeux des humains. J’ai été particulièrement touchée par un détail : le guide nous expliquait que les prisonniers étaient dépouillés de leurs droits humains, de leur dignité et de leurs possessions personnelles en entrant dans le camp. Ce disant, il ajoutait que tous leurs biens personnels étaient confisqués, vêtements, argent, lettres, photographies… J’ai imaginé qu’un homme séparé de sa famille et ayant tout perdu, n’ayant avec lui que la photo de sa femme ou de ses enfants, devant les abandonner, ça m’a brisé le coeur.

Bref je ne pensais pas que cette visite m’émeuverait autant, ni qu’elle me ferait autant réfléchir. Quoiqu’il en soit, je ne veux pas l’oublier, et c’est pourquoi je la raconte ici. Je vous embrasse tous très fort, je vous aime et j’attends de vos nouvelles avec impatience!
Bisous de Munich jusqu’au 12 octobre au soir! xxxx

***Aujourd’hui, ça fait 1 mois que je suis partie ! Sabrez le champagne… heu, la bière… on est dans la capitale de la bière, après tout !…. pour célébrer la chose !***

En retournant à Vienne pour la 3ème fois en deux ans, j’avais un peu peur que cette ville ne soit pas à la hauteur des merveilleux souvenirs que j’en avais gardé. Lors de mon voyage de backpacking avec ma soeur chérie, nous avions toutes les deux adoré Vienne plus que toute autre ville et nous y étions venues deux fois. Et nous n’avions pas regretté une journée passée là-bas. M’en allant en Allemagne, je ne pouvais donc pas résister à la tentation d’aller dire coucou à la capitale de l’Autriche. Mais j’avais un peu peur que la magie ne soit pas au rendez-vous cette fois-ci.

C’était une inquiétude inutile. Comme toujours, Vienne s’est mise en beauté pour m’accueillir. Il faisait 25 degrés et un soleil éblouissant pendant les 3 jours de mon séjour, ce qui, pour le mois d’octobre, touche au miracle aux yeux d’une Québécoise. Comme j’avais déjà visité la majorité des sites qui m’intéressaient, j’ai surtout flâné dans la ville et profité de son ambiance merveilleuse et de sa beauté. À l’hostel où j’étais, le Ruthensteiner, où j’en étais d’ailleurs à mon deuxième séjour parce que j’en avais gardé un excellent souvenir, j’avais rencontré une Américaine de Seattle qui voyageait seule et qui m’avait demandé si j’avais envie d’aller à l’opéra avec elle. J’ai accepté par curiosité et pour le prix dérisoire: 3 ou 4 euros pour une place debout avec un écran qui traduit l’opéra en anglais. C’était une première expérience pour moi à l’opéra. On jouait ce soir-là “Lohengrin”, un classique de Richard Wagner (évidemment, je n’en avais jamais entendu parler, mais je ne suis pas exactement une mélomane). J’ai été d’emblée déçue parce qu’ils avaient opté pour une mise en scène moderne et minimaliste: tout le monde en noir et pas de décors. Dommage à mon avis pour une pièce qui se déroule au Moyen Âge et qui parle de magie (je suis allée wikipédier la pièce pour en comprendre l’histoire par la suite…). Au premier acte, les écrans de traduction ne fonctionnaient pas alors laissez-moi vous dire qu’on n’a rien compris à ce que se disaient ces trois monsieurs en complet noir sur une scène vide! On est parties à la moitié de la pièce (elle durait quatre heures, alors c’est pas si mal). On avait faim et on s’est achetés des hot-dogts avec des saucisses allemandes fourrées de fromage. C’était à se jeter par terre! À ajouter au menu de mon dernier repas, avec le saumon fumé et le proscuitto! Nous l’avons dégusté devant l’opéra, car nous avons découvert que la pièce était diffusée sur écran géant à l’extérieur de l’opéra. C’est une chose que j’adore de Vienne: comme l’art est présent et accessible à tous. Cette année j’avais voulu aller à l’opéra à Montréal et j’avais été sidérée par les prix. Je persiste à croire qu’il ne faut pas s’étonner du peu de popularité du théâtre, du ballet et de l’opéra au Québec à voir les prix qu’on fait payer pour assister à ces événements. Quand on ne connaît pas trop l’opéra, on ne va pas payer 70 $ pour s’initier. Quoiqu’il en soit, même si je n’ai pas adoré ma première expérience d’opéra, c’était néanmoins magique de déambuler de nuit dans la ville de Vienne au son de l’opéra! Après le hot-dog, nous avons décidé d’aller boire un café et de manger une viennoiserie sur la terrasse d’un célèbre café viennois, le Sacher. J’ai pris un strudel qui s’est avéré fort bon d’ailleurs.

Le lendemain, ma nouvelle amie et moi voulions visiter la Hofburg ensemble. Pour moi, c’était une deuxième visite de cet endroit; je n’avais pas l’intention au départ de revisiter ce château, mais en arrivant à Vienne j’ai été prise d’une envie folle de revoir le musée Sissi qui s’y trouve, alors j’ai cédé à la tentation. Le Musée Sissi est toujours aussi troublant et intéressant, d’ailleurs. Après la Hofburg, on a magasiné des souvenirs dans les boutiques viennoises pleines de chocolats, d’objets sous la thématique de Mozart ou de Sissi et de pichets de bière. Finalement, la journée s’est terminée par une promenade au Prater, qui est un parc immense au coeur de ville qui était jadis un rendez-vous de promenade aristocratique, mais qui est maintenant un lieu où les Viennois pratiquent leurs sports préférés, font leur jogging ou flânent. C’est vraiment grand: nous en avons marché la moitié ou les deux-tiers, je ne saurais le dire avec exactitude, pour réaliser que ça correspondait à la distance de deux stations de métro!

Bref, Vienne ne m’a pas déçue. Elle a toujours ce charme sans prétention qui séduit et qui fait qu’on s’y sent bien. L’ambiance qui y est règne est fabuleuse et seulement de se trouver dans le centre de la ville, dans les rues ou dans un café, constitue une expérience agréable.  D’une façon générale, les Autrichiens sont gentils et serviables, et c’est facile de trouver des gens pour nous parler en anglais. Donc, un ciel sans nuage (au sens propre et au sens figuré) à Vienne pour ce troisième séjour.

C’est en tentant de quitter la ville que j’ai rencontré quelques difficultés. J’avais acheté un billet de train pour Munich 3 jours plus tôt à une commis qui baragouinait difficilement l’anglais. (Elle m’a demandé: “what time?”, je réponds: “around noon”, et elle me demande sèchement: “what do you mean, noon?” visiblement, elle ignorait ce mot. J’ai répondu: “eeeeeh by NOON I mean TWELVE!” Ça laissait présager une compréhension difficile!) Elle m’a produit un billet pour un train à 10h30 le matin, mais en disant que c’était pour 11h30; et comme étrangement l’heure du train n’était pas écrite sur le billet, je suis arrivée en retard et j’ai manqué mon train. Naturellement il était trop tard pour un échange, j’ai donc dû payer un deuxième billet de train et perdre 4 heures de ma journée à la gare. Je suis partie à 14h20, de fort mauvaise humeur. C’est cet incident qui a été l’élément déclencheur de ma décision d’annuler mes séjours à Dresden et à Berlin pour rester à Munich jusqu’à mon retour à Paris. Ça faisait déjà un moment que je m’inquiétais de défoncer dangereusement mon budget et de payer plus de 100$ pour faire le trajet Vienne-Munich (4 heures seulement) m’a convaincue qu’il fallait freiner l’hémorragie. Je vais donc rester 6 nuits au lieu de 3 à Munich. Heureusement, il semble y avoir amplement de quoi m’occuper ici pour 5 journées de tourisme: outre la ville elle-même, il y a 3 châteaux en dehors de la ville à visiter (incluant le fabuleux Neuschwanstein!), et je me promets également une petite visite à Possenhofen… Je sais que pour les Sissi lovers, il n’y a rien à ajouter comme explication à ce nom! :) Il y a également le camp de concentration de Dachau, que je n’avais pas spécialement envie de visiter parce que je me sens un peu ambigue par rapport au fait de faire du tourisme d’holocauste… Mais bon, j’ai du temps alors il y a de bonnes chances que j’y aille.

Sinon, l’hostel est fait pour le party: il y a un super grand bar qui est ouvert tard dans la nuit. La bière est partout ici, ce qui est bon pour le moral, mais moins bon pour la silhouette! J’ai déjà sympathisé avec quelques personnes, et j’ai découvert des Québécoises qui m’ont proposé de faire quelques visites ensemble. Alors tout va pour le mieux en Bavière!

Je vous tiens au courant des aventures bavaroises! Entre-temps, donnez-moi de vos nouvelles, je vous lis avec plaisir. A bientôt, portez-vous bien! xxxx

Un petit extrait rapido!

Bonjour!

Une petite retrospective des derniers jours s’impose, car ils furent particulièrement bien remplis. Ces 3 derniers jours, j’ai en effet mis le pied dans 4 pays différents : j’ai quitté la Russie le 30 septembre pour arriver le soir même en France; dès le lendemain matin le 1er octobre, j’ai pris le train de Paris à Strasbourg, et mon hôtel étant situé sur la frontière allemande j’ai pu aller faire mon épicerie en Allemagne; finalement dans la nuit du 2 au 3 octobre, j’ai fait le trajet de Strasbourg à Vienne, en Autriche, où je passerai les 3 prochains jours et d’où je vous écris présentement. Donc, un petit résumé…

Mercredi après-midi, j’ai fait mes adieux à Saint-Pétersbourg et à Tatiana, et après avoir mangé mes derniers blini s smetanoï, crêpes à la crème sûre, j’ai filé en taxi à l’aéroport Pulkovo. C’est sans doute l’aéroport le plus étrangement constitué qu’il m’aie été donné de visiter jusqu’à présent… En arrivant, on traverse la sécurité sans même avoir déposé nos bagages et sans avoir récupéré nos billets; donc quelqu’un sans billets pourrait passer la sécurité pour le plaisir de la chose. Après, on récupère nos billets et on dépose nos bagages. Dans mon cas, problème ici : la sympathique hôtesse russe m’informe que j’ai 7 kilos en trop, ce qui représente un extra de 105 euros ! Je décide de tenter de remédier à la situation en reconfigurant mes sacs et en jetant… une bouteille de vodka (elle était cheap de toute façon, je l’avais achetée seulement pour la face de Pierre le Grand sur la bouteille). Par cet habile stratagème, j’ai donc sauvé 105 euros (plus de 150$!) Appréciable, n’est-ce pas!

Mon vol a été retardé d’une heure (bravo AirFrance, en 3 vols, une annulation et un retard, la grande classe), ce qui était chiant car il n’y a pas à peu près rien à faire à Pulkovo, c’est un petit aéroport avec 3-4 boutiques de poupées russes. En plus, comme je l’expliquais, l’aéroport est bizarrement fait, il y a des salles d’attente sur 2 étages avec aucune précision à savoir où les passagers de tel ou tel vol sont sensés être; autre bizarrerie, les passagers qui sortent de l’avion passent par la même salle que ceux qui attendent pour y entrer, il n’y a pas de section « arrivée » et de section « départ », c’est le même endroit. Oh, et j’oubliais : il faut repasser la sécurité avant d’entrer dans l’avion… Deux contrôles de sécurité, mais tous les deux faits distraitement par des Russes qui s’en foutent. C’est vraiment à n’y rien comprendre.

En arrivant à Paris, ça a été étonnamment rapide et simple; 2 minutes après être sortie de l’avion, j’avais déjà passé les douanes, et 15 minutes plus tard j’avais mes valises. J’ai pris le train de banlieue jusqu’au centre-ville et de là un taxi pour mon hostel, le St. Christopher (voir sur famoushostels.com). Ça s’est avéré à être un hostel vraiment sympathique situé au bord d’un canal, avec un grand bar-restaurant grouillant de monde, des chambres modernes et propres et des employés très serviables. Dommage que je n’ai pas pu en profiter davantage : j’étais claquée tant physiquement que mentalement et dans un mood super émotif comme à chaque fois que j’entreprends une nouvelle aventure. Dès le lendemain matin, je voulais partir pour Strasbourg sans tarder (la visite de Paris, c’est pour après le 12!). J’ai laissé ma grosse valise en consigne à la gare de l’Est (ça va coûter cher, mais c’est vraiment un souci de moins, et je me dis que si j’avais transporté ma grosse valise avec moi, j’aurais dû payer plusieurs taxis et ç’aurait été aussi cher, en plus d’être très emmerdant).

Je suis partie à 11h30 pour Strasbourg dans un TGV en première classe! (Un choix qui démontre que sous pression, je réfléchis vraiment comme une truite). Expérience intéressante tout de même que la première classe… Top confo, j’aurais voulu que ça dure 12 heures. Mais bon, seulement deux heures et quart plus tard, j’arrivais à Strasbourg. Déjà dans le train, j’avais été charmée par la vue des premières petites maisons alsaciennes à l’air rustique et j’avais hâte de visiter la ville. Mais pour l’heure, première difficulté : l’auberge jeunesse (je déteste les auberges jeunesse du réseau officiel, mais parfois c’est tout ce qu’on trouve…) était accessible par un autobus qui ne passait pas ce jour-là à cause d’une manifestation d’agriculteurs (sans blague). Il m’a fallu trouver une autre solution plus compliquée. En plus, une fois débarquée de l’autobus, ça prend encore 15 minutes de marche dans un champ de vaches (ou plus précisément : de chevaux, l’auberge étant située à côté d’un centre d’équitation) pour arriver à l’auberge. Vraiment, les auberges du réseau HI, c’est souvent une vraie joke. Quoiqu’il en soit, j’étais contente de ne pas avoir ma valise-monstre avec moi! J’aurais sûrement pleuré de désespoir… Mais la bonne nouvelle c’est que l’auberge, quoique vide à ce temps-ci de l’année (sauf pour un groupe d’Allemands de 15-16 ans bruyants dont on ne veut pas être les amis), est quand même bien si on considère que j’avais un lit dans une chambre de 4 lits (c’est peu dans le monde des backpackers!) qui avait sa propre salle de bain et douche. Et il n’y avait qu’une autre fille dans la chambre, alors c’était tranquille.  L’auberge était situé au bord du Rhin, qui est la frontière entre l’Allemagne et la France. Donc comme j’avais besoin d’aller acheter des trucs à l’épicerie, la réceptionniste de l’auberge (une Québécoise de Chicoutimi) m’a recommandé d’aller en Allemagne parce que c’est supposément moins cher (« Va donc faire ton épicerie en Allemagne », ça sonne particulier). J’ai donc traversé la passerelle piétonnière qui enjambe le Rhin pour déboucher dans la petite ville allemande de Kehl, qui est vraiment charmante. Le quartier résidentiel est plein de maisons à l’Alsacienne, de vieux arbres et de fleurs. L’expédition, qui devait prendre 30 minutes aller-retour, m’en a pris 1 heure 30 (mais bon, j’ai flâné et j’ai arrêté pour un Big Mac… quand on meure de faim en Allemagne, la vue des arcs dorés sur fond rouge peut faire perdre la tête!) À Kehl, les gens parlent allemand, mais ils comprennent souvent le français; aussi, je ne savais jamais si je devais les aborder en français ou en anglais, ce qui donnait lieu à des scènes cocasses. Pascaline, une amie rencontrée à Saint-Pétersbourg qui est originaire de Strasbourg, m’avait dit en parlant de la Russie : « Moi, ça ne me dérange pas de ne pas comprendre tout ce qu’on dit autour de moi. Je suis habituée, c’est comme ça en Alsace. Ça parle alsacien, français, allemand. Il suffit de comprendre 30% de ce quelqu’un dit pour comprendre ce qu’il veut dire. »  Moi je trouve ça déboussolant et fascinant que tous ces gens cohabitent, apparemment sans problèmes. C’est vraiment un univers particulier, et je comprends pourquoi Pascaline insistait sur son identité « alsacienne » avant son identité « française ». (De toute façon, en étant Québécois, on peut difficilement ne pas comprendre ces sentiments régionalistes.)

Le 2 octobre, c’était la journée consacrée à la visite de Strasbourg à proprement dit. Une seule journée, mais longue: je checkais-out de l’hostel à 9 heures et mon train de nuit pour Vienne partait à 20h37. Faites le calcul, ça en fait du flânage avec un gros sac à dos qui vous défonce le dos! Strasbourg est précisément une ville faite pour la promenade et le flânage. Elle est ravissant avec ses maisons traditionnelles avec les poutres de bois apparentes et les fenêtres bordées de fleurs. Les noms de rues sont pleins de charme, souvent liés aux corporations de métiers qui avaient pignon sur rue à l’endroit en question: rue des Serruriers, rue des Tonneliers, marché du Cochon-de-Lait, etc. Strasbourg est ville à l’histoire un peu particulière, car elle connut une longue période d’indépendance après s’être débarrassé de son évêque au 13ème siècle (si je ne m’abuse). C’était donc essentiellement une ville de marchands qui s’autosuffisait. Au 16e siècle, elle a adhéré à la Réforme de Martin Luther et est donc devenue protestante. C’est seulement avec la conquête de la ville par Louis XIV en 1681 qu’elle est redevenue catholique en théorie. Ensuite l’Alsace a été un enjeu entre la France et l’Allemagne pendant la fin du XIXe siècle et les deux guerres mondiales. Elle fut d’ailleurs allemande pour un temps. Donc, pour revenir à ma visite, il y a un centre historique très intéressant et très particulier. Je l’ai parcouru avec un audioguide loué à l’office du tourisme. J’ai aussi visité la cathédrale Notre-Dame, un “chef d’oeuvre du gothique flamboyant” (selon mon audioguide) et l’église Saint-Thomas, où se trouve la mausolée du Maréchal de Saxe, un grand général de l’époque de Louis XV. J’ai ensuite mangé de la gastronomie locale, car la bouffe alsacienne, comme toutes les bouffes de type germanique, m’attirent infiniment: dans ce cas-ci, ce fut une tarte flambée traditionnelle aux lardons et oignons (tsé, comme aux 3 brasseurs mais meilleur?) J’ai ensuite fait un peu de shopping de cartes postales essentiellement pour ma belle-famille et mon amoureux ; puis je suis allée prendre un verre de bière locale  sur la terrasse d’un bar joliment nommé la “taverne des Serruriers” en lisant un bouquin. Il faisait assez chaud pour que je boive sur une terrasse en ne portant qu’une petite veste. Et le chauffeur de taxi parisien qui m’avait dit : “Vous allez en Alsace parce que vous avez la nostalgie du froid du Québec!” … Froid tout relatif, comme on peut le constater.

Après une longue attente, je suis partie à 20h37 à destination de Vienne à bord de l’Orient-Express (sans blague, c’était vraiment l’Orient-Express). Bien que j’avais assez de place pour m’allonger dans mon compartiment de 6 places que je ne partageais qu’avec une autre personne, j’ai fort peu dormi avec les arrêts répétés (au moins 15). C’était quand même beau au matin de voir le soleil se lever sur les vallons et les collines autrichiennes, qui étaient toutes enveloppées de brouillard… À cette vue, je me suis rappelée à quel point j’adore l’Autriche et sa beauté tranquille!

En arrivant à Vienne, j’étais considérablement amochée, n’ayant en réalité dormi que quelques heures ces deux derniers jours. Je suis présentement dans le lobby de mon hostel (l’incomparable Ruthensteiner, 2ème visite et toujours ravie) en train de tuer le temps avant de pouvoir accéder à ma chambre pour une petite sieste. Oh, et j’ai déjà eu le temps d’aller faire une petite promenade dans le jardin du château de Schonbrünn ce matin (on ne perd pas de temps, comme vous voyez!)

Je pars de Vienne le 6 octobre en fin d’avant-midi, donc je dispose de 3 jours dans la capitale autrichienne qui est l’une de mes villes préférées d’Europe, sinon ma ville préférée d’Europe. Comme j’ai déjà fait le gros des visites qui m’intéressent, ce sera surtout du flânage en ville, des viennoiseries (miam miam) et le retour sur des lieux aimés. Puis le 6, c’est le départ pour 8 jours en Allemagne, ce qui est pour moi l’inconnu: Munich, Dresden et Berlin sont au programme. J’ai bien hâte!

Comme j’aurai accès à internet dans mes hostels pendant tout le reste de mon voyage, je me ferai un plaisir de vous tenir à jour et de répondre à vos courriels. Merci de vos commentaires, ça me touche !

Je vous dis donc à bientôt ! Bisous ! xx

À quatre jours du départ de Saint-Pétersbourg, c’est donc déjà l’heure d’un bilan. Premièrement, il est évident que la Russie, beaucoup démystifiée depuis mon premier séjour, a quelque peu perdu de son côté exotique à mes yeux. À mon premier séjour, la seule vue de l’écriture cyrilique partout autour de moi constituait un exotisme extrême, et d’ailleurs j’avais passé ma première semaine à Moscou à photographier les étiquettes de Pepsi, les pancartes du Pizza-Hut et les affiches qui annonçaient des films américains avec le nom des acteurs écrits en cyrilique. Juste ça, c’était extrêmement cocasse et dépaysant pour moi. Maintenant, le cyrilique et les autres particularités russes ne constituent plus un élément d’émerveillement; la langue russe, qui m’apparaissait jadis à la fois mystérieuse, compliquée, séduisante et frustrante, me semble maintenant juste… emmerdante. Ma conclusion est la suivante : la Russie n’est plus assez nouvelle pour moi pour que le fait de m’y trouver m’apparaisse être un élément d’excitation, et d’un autre côté, je ne maîtrise pas assez le russe pour me sentir chez moi ici. Donc, j’en suis quitte à ressentir… un peu d’ennui. La vérité est que pour apprendre le russe, il faudrait que je fasse le choix de passer un an ou plus de ma vie en Russie ; et comme ce n’est pas un sacrifice que j’ai l’intention de faire, alors aussi bien accepter que je ne parlerai jamais russe couramment. Comme je suis finalement revenue de mon envoûtement irrationnel pour la Russie, ça ne me dérange plus tellement d’ailleurs.

Ce qui n’enlève pas son charme immense à la ville de Saint-Pétersbourg, un charme bien différent de celui de Moscou. Il est vrai qu’à Moscou il y a quelque chose de « plus russe » qu’à Pétersbourg, qui a été créée dès le départ dans un but d’européanisation. À Pétersbourg, il n’y a pas cette atmosphère ex-soviétique qui règne toujours à Moscou : par exemple, les corps d’armées et les policiers, qui sont omniprésents à Moscou, sont moins visibles dans les rues de Pétersbourg et ils ne font pas régner la terreur par la vérification arbitraire des passeports. J’ai aussi l’impression que les gens ont moins « l’air russe » : le look Adidas + coupe Longueuil pour les gars et talons hauts + vêtements moulants pour les filles est moins présent. (Ou bien, est-ce moi qui m’y habitue? ;) ) Par contre, je pense que cette européanisation reste très superficielle. Tout comme à Moscou, on ne trouve personne ici qui parle anglais. L’une des rares fois où des commis d’un magasin ont eu envie d’essayer leur anglais avec moi, ils ont dû se mettre à trois pour sortir la phrase suivante : « Canada or Russia better ? » Et c’était des jeunes dans la vingtaine, pas des babouchkas de 82 ans. (Une babouchka se serait contenté de m’imaginer dure d’oreille et se serait mise à me parler PLUS FORT!)

Mais Saint-Pétersbourg, c’est beau. Sa beauté dépasse les beaux palais classiques qui longent la Néva, la pointe dorée de la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul qui s’élève vers le ciel, ses monuments et ses canaux; son charme particulier réside à mon avis dans cette lumière particulière qui inonde la ville jusqu’à tard le soir l’été et l’automne. Je ne sais pas si c’est ce qu’on pourrait appeler la « lumière nordique » et du reste, j’aurais du mal à la décrire en d’autres termes que : blanche, brillante et douce à la fois. Cette lumière qui enveloppe la ville donne lieu à des couchers de soleil magnifiques, et c’est précisément à l’heure où le soleil commence à décliner que c’est le plus agréable de se promener en ville. Les journées ont d’ailleurs tendance à être longues en été (les fameuses « nuits blanches » où le soleil ne se couche pas, ou si peu), et aussi en automne (il n’est pas couché avant 20h30 en ce moment). Je ne suis pas vraiment du genre à m’extasier pour un coucher de soleil, mais ici j’ai pris d’inombrables photos du ciel pour me souvenir de ses roses éclatants, de ses jaunes, de ses violets, de ses bleus si mémorables. Parlant de photos, la lumière particulière de la ville donne de particulièrement jolies photos. J’aime tout spécialement mes photos de Petrodvorets : les couleurs des jeux d’eau, les fleurs multicolores et les dorures sortent magnifiquement en photos (lesdites photos s’en viennent sur Facebook… patience!)

En vrac, voici ce dont je veux me souvenir de Saint-Pétersbourg, en dehors de sa lumière qui arrive en numéro 1 de mes souvenirs :

-       La Néva et sa teinte bleue sombre, ses eaux tumultueuses sur lesquelles le soleil jette des flèche dorées, son odeur, son vent de mer;

-       Les longues promenades sur les îles qui fait voir la ville sous tous ses angles, et le nouvel angle qu’on découvre est toujours plus beau que celui d’avant;

-       La forteresse Saints-Pierre-et-Paul et la flèche dorée de sa cathédrale vers le ciel, mon bâtiment préféré à Saint-Pétersbourg;

-       Petrodvorets dans son ensemble, ses jeux d’eau, ses allées, ses jardins, et le pavillon Monplaisir qui surplombe la mer tumultueuse du golfe de Finlande;

…Résumé du séjour à Saint-Pétersbourg, Russie :

-       Du 9 au 30 septembre 2009

-       Visites : Palais Menchikov, Palais Youssoupov, Petrodvorets, Pavillon Monplaisir, Maisonnette de Pierre le Grand, Croiseur Aurora, Musée Russe, château de Gatchina, cathédrale Notre-Dame-de-Kazan, forteresse Saints-Pierre-et-Paul, cathédrale Saints-Pierre-et-Paul.

-       Travail de recherche : à la Bibliothèque nationale de Russie.

-       A aimé : les promenades le long de la Néva, les patates du « Krochka Kartochka » avec deux mottes de garniture au fromage, Pierre le Grand (encore et toujours!), les visites de palais, découvrir comment faire du borsch… et la bouffe russe en général !

-       N’a pas aimé : mal parler russe, prendre le mauvais bus ou débarquer au mauvais arrêt, les Russes désagréables dans les services, les divers problèmes rencontrés en travaillant dans les archives!

-       J’en rapporte : deux bouteilles de vodka (l’incontournable « Russkii Standard » et une bouteille que j’ai achetée parce qu’il y a une image de Pierre le Grand dessus), du chocolat russe, des calendriers avec de belles photos de Saint-Pétersbourg, des tonnes de cartes postales, et de la pop russe : Soiouz 42 ! J

-       Prochaine étape : 12 jours de backpacking dans le monde germanique !

Signé : une fille qui écoute présentement un CD de musique russe pop poche en boucle parce qu’elle a stupidement effacé toute la musique de son I-Pod… Oui, je vis présentement sans « Tous les cris, les SOS » ! Pouvez-vous croire ça ?!

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