L’autre jour, j’écoutais Tout le monde en parle et il y avait ce couple qui avait perdu leur fille de douze ans, qui s’était suicidée sans raison apparente. L’idée du suicide chez une si jeune fille m’a complètement virée à l’envers. Je me suis rappelée comme c’est chiant l’adolescence, et comme c’est difficile, quand on a quinze ans et le coeur brisé, de s’imaginer que des jours meilleurs viendront un jour. J’ai voulu en parler à ma fille. Lui écrire une lettre pour les temps durs, parce qu’ils sont inévitables et qu’ils font partie de la route. Cette lettre est donc un «work-in-progress» dédié à ma petite fille pour les jours où elle ne sera plus à l’abri des chagrins, bien cachée au creux de mon ventre.

À ma petite princesse.

(…) il faut que tu saches que le voyage ne sera pas sans remous ; tu auras des chagrins, grands et petits, des déceptions cruelles aussi. Une mère, ça voudrait pouvoir éviter à son enfant toutes les peines, mais ce n’est pas possible. Il faut que tu vives ta vie à fond, avec ses joies et ses peines, et tu te fasses ta propre sagesse. Mais j’aimerais quand même te rappeler, pour les moments où tu auras à affronter des difficultés :  

… que tu as tout ce qu’il te faut pour triompher de ces difficultés, en puisant en toi-même et en demandant de l’aide à l’occasion ; tu es plus forte que tu ne le crois, et quand tu atteins les limites de ta force intérieure, c’est un signe d’intelligence et de sagesse que de savoir reconnaître qu’on a besoin d’aide et d’aller chercher cette aide.

… que tu as été longuement désirée et attendue, et que tu es tellement aimée. Tes grands-parents désespéraient d’avoir un petit-enfant et ont commencé à te gâter bien avant que tu ne sois née ; tes tantes t’ont fêtée, gâtée, aimée dès qu’elles ont connu ton existence ; ton papa, pour avoir été très malade dans son adolescence, croyait qu’il n’aurait jamais la chance d’avoir des enfants et ainsi tu es déjà sa princesse et son trésor. Quant à moi, depuis que j’ai dix ans que je rêve d’avoir une petite fille et de l’appeler Élisabeth. J’ai dû mal à croire ma chance que tu aies choisi mon ventre comme maison. Tant d’enfants naissent dans l’indifférence, alors que toi, « l’amour est partout où tu regardes », comme dirait Francis Cabrel. Rien que d’y penser, je suis si reconnaissante à la vie de t’avoir donné une maison si pleine d’amour.

… que les difficultés, les chagrins, les déceptions, les deuils, ça fait partie de la vie. Personne n’y échappe. C’est avec eux qu’on apprend, qu’on devient de meilleures personnes, qu’on grandit. C’est grâce à eux qu’on est en mesure d’apprécier ce que l’on a ; c’est grâce à eux que nos petites joies deviennent si précieuses.  C’est en eux que tu formeras ta force.

… que toutes les peines finissent par s’effacer avec le temps. Je sais que c’est dur à croire quand on a quinze ans et le cœur brisé, mais c’est vrai. Il faut faire confiance à la vie. Avec le temps, tout se guérit. Peu importe la profondeur de ton chagrin, sache que des jours meilleurs s’en viennent et que tu seras heureuse à nouveau un jour.  

… en étant une bonne personne, en ayant la bonne attitude et en travaillant fort, les bonnes choses vont t’arriver spontanément. Et elles n’en auront que plus de valeur au regard des obstacles rencontrés pour en arriver là. Encore une fois, fais confiance à la vie.

Tu peux devenir et avoir tout ce que tu voudras, ma princesse. Tu as en toi tout ce qu’il faut pour atteindre tes objectifs, et je vais t’aider de mon mieux à faire ton chemin dans la vie. J’espère savoir t’aider à devenir une belle personne, dedans comme dehors, avec une attitude positive face à la vie ; c’est une si grande qualité de savoir voir le beau à travers l’ordinaire et de savoir s’émerveiller pour tout et pour rien. En regardant comme il faut, tu verras à quel point ce monde est étonnant et combien il y a à voir et à faire ici ! J’espère savoir t’aider à apprendre à travailler pour obtenir ce que tu veux, à être persévérante, à avoir des rêves et à chercher à les réaliser. J’espère savoir t’aider à devenir une personne qui mérite d’être aimée car si tu mérites d’être aimée, tu le seras toute ta vie ; j’espère savoir t’aider à apprendre à être heureuse, car c’est une chose qui s’apprend et qui se travaille.

Bienvenue dans ce monde-ci, ma belle Lily, et merci de m’avoir choisie pour être ta maman. Je ferai des erreurs, c’est certain, et tu en feras aussi ; mais nous ferons de notre mieux et nous apprendrons à être une belle famille. Si tu savais ma Lily comme j’ai hâte d’amorcer avec toi le plus beau voyage de ma vie ! 

Je t’aime, ma princesse. 

De celle qui aura bientôt le privilège de se faire appeler « maman » par toi.