Avec cinq semaines de retard (car oui, j’ai déjà ma petite puce depuis cinq semaines!), voici, tel que promis, le récit de mon rocambolesque accouchement.

Depuis la 32ème semaine de grossesse, ma fille était bien placée la tête en bas, prête pour un accouchement naturel. Quand, aux cours prénataux, l’infirmière avait parlé des complications d’accouchement et plus précisement de césarienne d’urgence, le seul type de césarienne que je pouvais subir étant donné la position de ma fille, je n’avais pas sourcillé, contrairement à la majorité des futures mamans. Je ne considérais la césarienne ni comme un échec, ni comme quelque chose d’effrayant: ma mère avait eu trois césariennes et m’en avait vanté les vertus abondamment, et avec ma soeur aînée qui a subi plusieurs chirurgies à coeur ouvert, une petite césarienne de routine n’avait rien pour m’effrayer. J’envisageais mon accouchement sans idée préconçue, prête à prendre les évènements comme ils se présenteraient, faisant confiance à la médecine moderne. Cette ouverture m’a sans doute servie, vue la tournure qu’allait prendre mon accouchement.

Lorsque les premières contractions se sont manifestées, le vendredi 4 mars, j’étais déjà en retard de 3 jours et très, très tannée d’être enceinte. Ça faisait deux semaines que je me déplaçais avec difficulté et que je me sentais misérable, aussi avais-je trop hâte d’accoucher pour avoir peur de mon accouchement! Donc le 4 mars au soir, je ressens les premières contractions, qui ne sont pas régulières ni trop douloureuses. Je n’avertis pas John tout de suite pour lui permettre de dormir, certaine que j’allais accoucher dès le lendemain; pour ma part, moi je n’ai pas beaucoup dormi de la nuit. La journée du samedi s’est écoulée avec des contractions de plus en plus intenses, quoique toujours supportables; en soirée, les contractions étaient assez intenses pour que j’appelle ma mère et lui demande de venir me rejoindre pour le lendemain matin, car elle devait assister à mon accouchement. Je n’ai pas dormi de la nuit de samedi à dimanche non plus; le dimanche, j’étais vraiment en douleurs. L’infirmière du centre des naissances de l’hôpital Saint-Luc que j’avais contactée à plusieurs reprises m’avait répété: «On ne se présente pas à l’hôpital avant que les contractions soient aux 5 minutes depuis 2 heures!» J’étais un peu désemparée parce que mes contractions m’apparaissaient toujours irrégulières et pourtant, elles étaient presque insupportables déjà. N’y tenant plus, je me suis rendue à l’hôpital en milieu d’après-midi le dimanche pour savoir où j’en étais au niveau de la dilatation. Verdict: 3 centimètres seulement, et il n’était pas question de m’admettre avant 4, au mininum. On m’a donc renvoyée chez moi en disant que ça pouvait être encore très long; j’étais très abattue, ayant l’impression qu’on trouvait que je me plaignais pour rien étant donné que mes contractions n’étaient pas régulières. En effet, on m’avait répété: «Si les contractions ne sont pas régulières, c’est que tu n’es pas encore en travail actif…» Pourtant, c’était vraiment des contractions intenses! La bonne nouvelle, c’est qu’on m’a donné des pilules pour dormir, ce qui m’a permis de récupérer environ deux heures de sommeil très nécessaires. 

Dans la nuit de dimanche à lundi, j’étais en douleurs intenses et je n’ai pas dormi de la nuit encore une fois. Ma mère et mon chum se sont relayés à mon côté. Épuisée, en douleurs intenses, j’ai braillé toutes les larmes de mon corps dans les bras de ma mère en disant: «Mais je ne comprends pas qu’elles ne soient pas régulières, ça fait 2 jours que ça dure et ça fait tellement mal!» À cinq heures du matin, n’en tenant plus, j’ai décidé de retourner à l’hôpital et de leur tordre un bras pour être admettre. J’étais finalement dilatée à 4,5 centimètres, alors on a eu la bonté, malgré le 50 milimètres manquant, de m’admettre. J’étais soulagée: enfin, on me prenait au sérieux et on me prenait en charge! J’ai tenté toutes les méthodes de soulagement de douleurs disponibles: le gros ballon (intéressant au début, insupportable lorsque les contractions sont venues trop fortes), le bain à remous (intéressant aussi, même si j’avais l’impression de me noyer pendant les contractions), les points de pression, etc. En début d’après-midi, comme ça ne progressait pas et dans l’espoir d’accélérer les choses, la résidente a décidé de me crever les eaux. Ça ne dure qu’une seconde et ça ne fait pas mal; et après que les eaux eurent été crevées, j’ai eu les pires douleurs de ma vie! C’était d’autant plus insupportable que j’étais alors obligée de rester allongée parce qu’on monitorait mes contractions, et comme les douleurs étaient très intenses au niveau du dos, c’était très désagréable d’être sur le dos! Après la pire contraction de ma vie, j’ai soudain éprouvé une soudaine et intense envie de vomir; branle-bas de combat pour trouver le pot pour vomir dedans (j’étais toujours sous monitorage), heureusement une infirmière qui passait par là et qui m’avait entendue hurler à mort était entrée dans ma chambre à tout hasard et avait trouvé le pot en question. J’ai donc vomi violemment le Gatorade mauve que je venais d’entreprendre de boire (ce fut la fin de ma relation avec me Gatorade mauve, d’ailleurs). Je me rappelle que John s’était porté volontaire pour aller vider le pot de vomi vert (Gatorade mauve = vomi vert) dans la toilette, et j’avais pensé: «Ça c’est de l’amour!» (Et une subtile impression d’être en processus de perdre tout mon sex-appeal pour lui! Ce n’était, en fait, qu’un début…)

À ce moment-là, j’étais lessivée et effrayée: j’avais vraiment peur de la prochaine contraction étant donné que celle-là avait été si éprouvante et j’avais peur de vomir après chaque contraction jusqu’à ce que mon bébé naisse. Je n’étais même pas dilatée à moitié, donc l’accouchement était loin d’être terminé! Paniquée, j’ai bippé le poste des infirmières et supplié qu’on m’envoie quelqu’un qui pourrait autoriser l’épidurale. Tout s’est heureusement passé très rapidement à partir de ce moment-là: la résidente a déterminé que j’étais assez dilatée (à 5 cm) pour recevoir la péridurale et a appelé l’anesthésiologiste, qui est arrivée à l’intérieur de dix minutes. Elle était bête mais efficace: en quelques instants, j’étais sous péridurale. Quelle invention formidable que la péridurale! La première contraction après l’épidurale était déjà très adoucie; et puis après, je n’ai plus rien senti. J’étais tellement soulagée, la bonne humeur n’est revenue aussitôt. Comme je n’avais pas dormi depuis 2 jours, mon premier souci a été de dormir: quelques heures de récupération de sommeil bénéfiques ont donc suivi, et John en a profité pour aller manger. 

Il devait être dix-neuf ou vingt heures lorsque le nouveau résident est venu me voir et a déclaré que c’était trop lent, et donc qu’on allait monitorer mes contractions pour en mesurer la force. Il s’agissait donc d’introduire un sonde dans mon utérus; celle-ci s’ajoutait à al sonde urinaire que j’avais déjà (quand je vous disais que mon sex-appeal était devenu nul auprès de l’être aimé qui assistait à cette scène peu édifiante!).  Le résident est revenu m’annoncer que mes contractions étaient inefficaces et que si ça continuait comme ça, on considérerait la césarienne. Il voulait me donner encore une heure ou deux pour voir si le travail allait soudainement débloquer, aidé par quelques médicaments, mais il voulait que je me prépare à l’idée de la césarienne comme issue très probable. À ce point, j’étais tellement fatiguée que j’envisageais la césarienne avec soulagement: enfin, ça serait fini! Ils m’ont fait poireauter encore quelques heures et finalement, à onze heures, ils ont décidé de procéder avec la césarienne étant donné que j’étais toujours bloquée à 5,5 centimètres. À ce moment-là, je me sentais très mal parce que mon épidurale venait de lâcher. Mes jambes avaient été immobiles et gelées si longtemps qu’elles commençaient à être douloureuses; je commençais à trembler bizarrement, comme de l’intérieur; et les contractions revenaient en force, alors que j’étais immobilisée et épuisée. On a commencé à me préparer pour la césarienne et j’étais vraiment à bout; j’ai gémi et crié sur les trois étages qui me menaient à la salle d’opération. Je me rappelle du soulagement de trouver l’anesthésiologiste; il essayait de me faire la conversation pendant qu’il m’administrait une nouvelle dose de péridurale et je me rappelle d’avoir répondu sommairement à ses questions entre deux gémissements: «Qu’est-ce que le papa fait dans la vie?» «Aaaaaah!… c’est un producteur de jeux vidéos… aaaaaaah!»

Finalement, gelée ben dure, on m’a amenée dans la salle d’opération, que je me rappelle avoir été très blanche, très lumineuse et grouillante de personnel médical. Une gentille infirmière était assignée à mes côtés et elle me rassurait patiemment tandis que je m’inquiétais: «Est-ce que c’est normal que je sens encore quand on touche mon ventre?» «Oui, oui, ne vous inquiétez pas, vous ne sentirez pas l’opération.» «Non mais… je sens vraiment ce qu’ils me font en ce moment! C’est normal?» «Oui, oui, ne vous inquiétez pas…»

John m’a rejoint, habillé comme un médecin. J’étais à demi dans les vapes, je me rappelle que je tremblais de l’intérieur (je supposais que c’était l’effet de la première épidurale qui avait lâché, ou bien simplement l’épuisement) et que je me sentais mal, fatiguée et nauséeuse. J’étais comme un peu absente et indifférente, je voulais juste que ça soit fini. La sensation de la césarienne est bizarre: on ne sent pas de douleur, mais on sent qu’on farfouille dans notre ventre. Donc au bout d’un moment, j’entends un tout petit cri, un seul: ma fille était née. Je l’ai vu passer dans les bras d’un médecin: elle était bleue et avait la tête en forme de cone. L’anesthésiologiste m’avait avertie qu’elle serait bleue mais que c’était normal, et qu’une fois nettoyée elle serait toute rose. John est allé prendre des photos du processus de nettoyage: sur ces photos, elle est adorable, elle grimace à cause de la lumière, toute sérieuse devant la caméra. Emmitouflée, un petit chapeau jaune sur la tête, on me l’a apportée. Ma fille, enfin! Et qu’elle était belle, ma princesse! Les traits bien définis, un nez retroussé ravissant, de grands yeux graves. Après son petit cri initial, elle n’a pas pleuré: elle me regardait, calme et sérieuse, pendant que je lui souhaitais la bienvenue dans ce monde. Je me souviens que la première chose que John a dite a été: «Oh my god, she’s so soft!»

John est parti vers ma chambre avec le bébé pendant qu’on me recousait. Ça a été un peu long et je me sentais de plus en plus mal et de plus en plus fatiguée. J’avais la nausée et j’ai failli vomir encore une fois. Enfin, on m’a envoyée en salle de réveil, où je suis restée plus longtemps que la normale parce que mon taux d’oxygène était trop bas. J’ouvrais les yeux périodiquement et retombais dans le sommeil; John était parfois à mes côtés, visiblement inquiet. Moi je me foutais de tout: mon bébé était né et j’étais libérée!

Je ne sais pas quelle heure il était quand on m’a ramenée à ma chambre. J’ai le souvenir qu’on m’ait lavée sous les yeux de mon chum (et re-vlan pour le sex-appeal!) et qu’on m’ait mis mon bébé au sein pour la première fois. On m’a réveillée deux autres fois dans la nuit pour la nourrir, et je me suis laissée faire docilement, à moitié droguée.

Le lendemain a été une journée pénible: j’ai eu deux transfusions pour cause d’anémie et j’étais sous oxygène car mon taux de saturation était trop bas. On m’a envoyée faire plusieurs examens qui ont permis de constater que j’avais de l’eau dans les poumons. J’ai passé la journée sous le joug d’une infirmière compétente mais assez raide, qui me forçait à respirer profondément pour replacer mes poumons et qui engueulait ma mère qui parlait au téléphone cellulaire…

Heureusement, dès le lendemain les choses se sont progressivement replacées. J’ai commencé à me lever et à marcher. On m’a débranchée de mon soluté, mon taux d’oxygène s’est replacé si bien que j’ai pu me passer de masque à oxygène peu de temps après et puis de ma sonde urinaire. Sinon, le séjour à l’hôpital s’est placé sous le signe de la fatigue extrême (on me réveillait aux trois heures pour l’allaitement, qui durait souvent une heure ou plus), des douleurs et des difficultés de l’allaitement, et de l’extasiement le plus total sur notre petite fille aux traits si mignons qu’on ne pouvait s’empêcher de photographier sous tous ses angles. Elle était née avec un petit ride soucieux sur le nez qui lui donnait un air si sérieux pour un bébé. Ses cheveux étaient sombres et avaient la texture de petites plumes. Elle avait un petit nez court et retroussé, des lèvres roses adorables, des yeux bleu foncé entourés de longs cils pâles. Dans ses petits pyjamas roses, qu’elle était belle! Nous étions aux anges.

Dans la tourmente de cet accouchement compliqué, mon chum a été admirablement efficace. Il est resté près de moi et s’est occupé du bébé quand je devais rester au lit; il me l’apportait pour chaque boire car je ne pouvais pas me lever, restait avec moi toute la nuit et faisait des allers-retours à la maison pour aller me chercher ce dont j’avais de besoin.

Au bout de quatre jours, j’ai eu mon congé de l’hôpital. Nous avons ramené notre petite princesse à la maison dans son plus joli pyjama rose. C’était le début de l’aventure, des nuits blanches, de la parentalité… :)