Entrée à l’hôpital le lundi matin et ayant accouché le lundi dans la nuit, j’ai finalement reçu mon congé le vendredi matin. Ce séjour un peu plus long que la norme s’explique par quelques complications et des tests qu’on a voulu me faire passer pour s’assurer que j’étais bien remise sur pied. Donc le vendredi matin, c’en était fini de l’aide des infirmières pour mettre le bébé au sein et pour m’aider à le comprendre. J’étais mère de plein droit, prête à rentrer chez moi et à voler de mes propres ailes.
En arrivant à la maison, en pleine montée de lait et les seins en feu (belle image n’est-ce pas!), j’ai pris une décision que j’allais regretter amèrement par la suite: j’ai décidé de donner un biberon à ma fille pour me laisser reposer les mamelons. J’en étais rendue à un point qu’ayant à peine terminé d’allaiter, j’étais déjà horrifiée à la pensée de la prochaine tétée dans 3 heures tellement j’avais mal. Le problème c’est que lorsque j’ai voulu remettre la petite au sein un peu plus tard, je n’ai jamais été capable. Elle hurlait, elle était affamée, mais elle refusait le sein. Peut-être que ma montée de lait rendait mon sein difficile à prendre, ou bien c’est le biberon qui l’a rendue confuse. Quoiqu’il en soit, après m’être obstinée un moment, incapable de la voir affamée plus longtemps, je lui ait donné un autre biberon. Et ce fut la fin de mon expérience d’allaitement au sein.
Moi qui n’avais jamais voulu allaiter, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps ce soir-là, après que ma fille ait refusé mon sein. J’étais probablement en post-partum et épuisée car je pleurais de façon incontrôlable, même en sachant que ça ne faisait pas de sens. J’avais juste le coeur brisé de ne pas y arriver. Le lendemain, l’infirmière du CLSC m’a suggéré de me tirer du lait pour tenter d’activer ma production pour la remettre au sein. J’ai acheté un tire-lait qui allait devenir mon meilleur ami et je me suis tirée du lait plusieurs fois par jour, nourrissant ma fille au biberon avec mon lait. Ce rythme est devenu difficile à maintenir quand mon chum est retourné travailler et que je n’ai plus eu le luxe de me tirer du lait sept fois par jour. Toujours avec l’aide des infirmières du CLSC, j’ai ensuite tenté la téterelle, un espèce de petit protecteur en plastique qu’on place sur le mamelon pour faciliter la tétée des bébés. Ça a marché pendant un bout de temps, et encore une fois elle s’est mise à le refuser. À ce jour, ma stratégie est un allaitement mixte: je me tire du lait deux fois par jour, matin et soir, et je complète avec du lait maternisé. Ça durera le temps que ça durera. J’ai la satisfaction d’avoir tout essayé pour l’allaiter et d’avoir vraiment fait de mon mieux pour elle.
Sinon, c’est comment la vie avec un nouveau-né?
Réponse: c’est intense.
Élisabeth était un nouveau-né magnifique, éveillé, plein de caractère. Elle manifestait ses besoins et son mécontentement très fortement. Je crois qu’à son arrivée, elle était aussi anxieuse et dépassée par sa nouvelle vie sur terre. Ça fait du sens: neuf mois dans le noir, à n’entendre que des sons feutrés, et soudainement de la lumière, des stimulations sonores et visuelles, des sensations de faim, de soif, de douleur. Elle réagissait à tout et de façon incohérente. Elle pleurait beaucoup et sans raison apparente, supportait mal qu’on la dépose, ne pouvait s’endormir que dans les bras de quelqu’un, appuyée sur son épaule. Évidemment, elle ne faisait pas ses nuits. Le temps se partageait entre biberon, couche, dodo, consoler, endormir, laver des biberons, préparer du lait et laver des couches. C’était exigeant mais ce n’était pas si terrible tant que mon chum et ma mère étaient avec moi.
Puis, ils sont retournés travailler. La première semaine où je me suis retrouvée seule avec la petite a été très pénible. Elle ne faisait pas ses nuits et se réveillait sans régularité plusieurs fois dans la nuit, refusant de se rendormir au beau milieu de la nuit, etc. J’essayais d’épargner mon amoureux qui devait retourner au travail alors j’étais celle qui me levais le plus pendant la nuit. Les gens disent qu’il faut essayer de dormir pendant les siestes du bébé, mais j’avais bien du mal à le faire puisque son sommeil était très irrégulier et que je ne pouvais jamais savoir si elle s’endormait pour trois minutes ou pour deux heures. Aussi, je passais mon temps à me faire réveiller une minute après m’être allongée – j’imagine que le silence soudain la réveillait. J’étais lessivée, vraiment lessivée. Au deuxième jour toute seule, mon chum est revenu tard de travailler et il m’a trouvée sanglotante à son retour à la maison. Un autre matin, il n’était pas neuf heures que j’avais déjà pleuré d’épuisement deux fois. J’étais désespérée que l’épuisement m’empêche d’être aussi patiente et aimante que je l’aurais voulu envers ma fille. J’étais désespérée de n’être pas capable d’être à mon meilleur avec ce petit être que j’aimais plus que tout au monde.
Vers la fin de la première semaine, je suis allée m’acheter le livre Bébé fait ses nuits avec la certitude que mon bonheur et celui de ma fille dépendait de ma capacité à lui faire faire ses nuits le plus tôt possible. Cet achat fut salutaire. On y dit qu’il est très facile d’apprendre à un bébé de faire ses nuits pour peu qu’on inculque de bonnes habitudes de sommeil à son enfant dans sa période propice, c’est-à-dire entre six semaines et huit mois. J’ai commencé aussitôt (même si ma fille n’avait que quatre semaines) à appliquer la technique. Le principe, c’est d’apprendre à l’enfant à s’auto-endormir dans son lit. Les règles de base sont simples: d’abord, mettre le bébé au lit quand il n’est pas complètement endormi, pour qu’il apprenne à connaître l’endroit (question qu’il ne panique pas en se réveillant dans le lit après s’être endormi dans les bras de sa maman) et qu’il l’associe au sommeil; ensuite, on le laisse s’endormir par lui-même dans le lit en restant à ses côtés et en lui parlant, mais sans le prendre. Ainsi l’enfant découvre qu’il est capable de s’endormir seul et de se rendormir quand il se réveille en pleine nuit, sans réclamer les bras de ses parents. Au début, c’est long: le bébé ne veut pas s’endormir, on doit lui parler pendant une heure ou plus, parfois il se fâche et on doit le calmer avant de tout recommencer, etc. Ce n’est donc pas évident quand on est brûlés de s’entêter aussi longuement à l’endormir dans son lit! Mais progressivement il apprend à s’endormir seul et à se mettre sur l’horaire de nuit. Maintenant, Élisabeth a trois mois et elle s’endort presque tout le temps entre huit et dix heures le soir. Elle se réveiller pour un ou deux boires dans la nuit, car à cet âge les enfants ne peuvent pas rester plus que quelques heures sans être nourris, mais elle se rendort aussitôt (comme quoi, elle reconnaît maintenant que c’est la nuit) et se lève entre sept heures et neuf heures le matin. Dernièrement, j’ai observé qu’elle est capable de dormir de plus en plus longtemps entre ses boires. Je me lève pour le premier boire en pleine nuit et mon chum prend celui tôt le matin, ce qui nous permet à chacun d’enligner au moins 6 heures de sommeil sans interruption. Nous ne sommes plus épuisés comme au début et ça change tellement tout! C’est tellement la fatigue qui nous pousse à bout et rend l’expérience de la maternité éprouvante. J’ai aussi bon espoir que dès qu’elle commencera à manger des céréales, elle n’aura pas de difficulté à faire ses nuits. C’est encourageant!
Une fois le sommeil mieux organisé, on s’est fait notre petite routine. Élisabeth s’est habituée à la vie avec nous, elle n’est plus anxieuse comme au début et pleure de moins en moins pour rien; elle joue un peu toute seule et accepte de n’être plus dans les bras tout le temps. Son caractère commence à apparaître plus gai et plus facile. On apprend à se connaître et à être heureux ensemble. J’essaie de sortir tous les jours car ça me déprime de rester toute la journée à maison; elle dort bien dans sa poussette et c’est bon pour notre moral à tous les deux de quitter notre salon pour quelques heures par jour! S’il fait beau, je prends de longues marches ou encore je vais acheter un magazine que je vais lire au parc Jarry avec elle. S’il pleut, on va magasiner ou on va dans un café. N’empêche, vers quatre heures l’après-midi, je commence à avoir pas mal hâte que son papa revienne pour me donner un peu d’air et me donner un adulte à qui parler! (Il ne revient qu’entre six et sept heures… la fin de la journée m’apparaît souvent bien longue!) Mais nos vies deviennent de plus en plus faciles et agréables. La preuve étant que j’ai commencé à m’imaginer sans horreur de retomber enceinte un jour pour donner à ma princesse un petit frère ou une petite soeur! (pas de tout de suite, évidemment, mais c’est déjà un grand pas puisqu’à la fin de ma grossesse, je ne concevais pas qu’un jour je puisse même songer être enceinte à nouveau!)
En quittant, mes réflexions et conseils tirés de ma petite expérience de maman:
1) Quand c’est difficile, prendre un jour à la fois, voire même une heure à la fois… De se dire: «j’en ait encore pour des années à ne pas dormir!», par exemple, ça fait paniquer; mais de se dire: «je dois survivre 2 heures jusqu’à ce que mon chum revienne de travailler et après ça ira mieux», c’est moins angoissant!
2) Se dire que tout est une phase, les bonnes périodes comme les moins bonnes; il faut donc profiter à fond des bons moments et prendre à la légère les mauvais.
3) Se donner le droit d’être à boutte parfois et de ne pas tripper… Parfois, la pression sociale de la maternité heureuse nous fait nous sentir coupable de n’avoir pas continuellement le sentiment d’être en plein épanouissement dans la maternité…
4) Penser à soi. C’est vrai qu’un bébé heureux, ça passer par une maman heureuse. Si de retourner au travail, de prendre une fin de semaine de congé temps en temps pour se reposer, d’aller chez le coiffeur, ça rend la maman heureuse, le bébé ne s’en portera que mieux!
Oh, et si vous avez une amie qui vient d’accoucher: apportez lui de la bouffe! Ça sauve la vie dans la période du bébé qui refuse de se laisser déposer et qui ne dort pas la nuit!